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Un trôoïen, Max Fullenbaum

Max Fullenbaum

À la mi-mars 2009, l’ouvrage de Max Fullenbaum, « La banlieue n’est pas un lieu, c’est une distance » a vu le jour. Max Fullenbaum nous en a offert la primeur
Je lui laisse la parole avant de la reprendre :

PRESENTATION DU LIVRE PAR L’AUTEUR :
(Extrait d’un entretien de l’auteur avec l’éditeur)
A propos de mon écriture, le mot qui revient le plus souvent pour la caractériser est celui de « fulgurance».
Dans « la banlieue n’est pas un lieu… » le récit comprend trois séquences c'est-à-dire qu’il est ordonné dans le temps, de mai 1968 au 11 septembre 2001 avec une gradation, d’abord les tagueurs, puis les casseurs, enfin la mondialisation de la casse avec l’appui des images et du contrôle des images. Tout ceci se lit à voix haute pour que résonne la poésie. A ce sujet, la récente pétition des 9 intellectuels antillais (dont Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant) me semble particulièrement en phase avec ce livre : substituer le poëtique au politique, c’est vraiment mon projet d’où ces pressions, ces brutalités sur le langage pour lui communiquer une énergie qu’on ne trouve qu’en banlieue. D’où la lecture à haute voix pour donner corps à cette énergie.
Au fond, il existe en France un pays fatigué (parce qu’arrivé, foutu parce qu’il mange trop ?) et un pays qui ne l’est pas (parce qu’il est exploité, que la révolte est son carburant ?). Comme je l’ai écrit dans la préface du « petit livre des tagueurs », le rapprochement avec la « fatigue » de la dernière lignée des Buddenbrook est éclairant : une énergie « décivilisée » s’oppose à une mollesse « civilisée ». Le projet rénovateur, s’il y en a un, consiste à civiliser l’énergie décivilisée pour que d’autres énergies prennent le relais de celle que la civilisation amollira mais ces autres énergies démarreront, espérons-le, à un niveau supérieur de « civilisation » pour libérer leurs forces.
Est-ce que ce projet est réaliste, je ne sais, mais il a le mérite d’être un projet « humain » « spirituel » pour une société perdant la foi. Il s’agit de retrouver une foi laïque et seul le poëtique permet d’y parvenir car il joue sur les symboles.
Mais il y a à redire sur ce qui est « civilisé » et sur ce qui ne l’est pas. Je suis assez éberlué de voir combien les « décivilisés » visent juste, avec une intuition vraiment stupéfiante : le travail artisanal à la main que représentent les tags s’oppose à la consternante uniformisation capitaliste du « made in China ».Les tagueurs créent leur propre travail, ils représentent dans leur action « l’homme total », « le humain-humain » comme je l’ai écrit dans un texte inédit (hiatus ou la biographie implosée), l’artisan qui s’est volatilisé dans l’industrialisation à outrance, la main s’opposant à la machine ; le mur à vocation artistique est pris de force et libéré de l’argent des panneaux publicitaires pour se transformer en une surface à lire.
Quant aux casseurs, ils manifestent, eux aussi, dans leur répréhensible volonté destructrice, une même intuition : ils attaquent la voiture, symbole de la perte d’humanité de nos sociétés, symbole de cette vitesse qui interdit aux livres d’exister. Un jour, rappelle-toi, j’ai pu dire sur France-Culture « Nous n'avons pas besoin de voiture, nous avons besoin de nous déplacer ! »
C’est dire qu’il faut privilégier un changement de mentalité.
Une voiture qui brûle n’exprime-t-elle pas, au plus spectaculaire, que la banlieue n’est pas un lieu mais une distance ?
Et le dernier volet du livre, « L’entonnoir », qui désigne l’inondation des images survenue depuis le 11 septembre 2001, (acmé de tous les débordements), entraînant les personnes dans un flux que nul ne peut endiguer, ne décrit-il pas, visuellement, le concret tangible que nos machines nous font perdre ?
En supprimant toute distance (toute distanciation), la vitesse de transmission ne supprime-t-elle pas la transmission pour ne conserver que la vitesse ?
C’est peut-être, en filigrane, la question cruciale de ce livre : paradoxalement, la banlieue et ses excès ne représentent-ils pas, aujourd’hui, la distance, l’écart, l’intervalle, l’espace qui stimulent la réflexion sur le devenir de nos vies ?

LE LIVRE :
Editions EST : La banlieue n’est pas un lieu, c’est une distance de Max Fullenbaum.
- Diffusion : CED- 73, quai Auguste Deshaies, 94854 Ivry sur Seine Cedex
- Distribution : Les Belles lettres – 25 rue du Général Leclerc, 94270 Le Kremlin-Bicêtre.
- 144 pages/format 12 X 16cm / papier intérieur ivoire / cousu collé.
- Parution : 17 mars 2009.
- Prix : 15 euros.

L'AUTEUR
Qui est Max Fullenbaum ? On pourrait dire, très rapidement, qu’il est un écrivain, qu’il est un poète amoureux des mots, qu’il est un dramaturge et qu’il est un critique d’art qui n’écrit que pour les artistes qu’il veut défendre… Certes, mais ce serait un peu court.
Max Fullenbaum n’est pas un sociologue, et pourtant… Max Fullenbaum n’est pas un philosophe, et pourtant…
Max Fullenbaum se promène à travers la vie avec sa plume fine et son regard perçant. Il a l’art de la phrase laconique qui bouscule soudain le monde confortable dans lequel on croit évoluer de façon tranquille, un monde empli de clichés, de préconçus, de mythes et de rites, tel ce « méconnaissant » qu’il a décrit dans l’un de ses précédents ouvrages.
Max Fullenbaum nous pousse soudain dans le monde tel qu’il est, il nous emmène en douceur derrière le décor dont ce monde s’était paré.
En cela, Max Fullenbaum est un visionnaire, c’est un nyctalope qui vous enlève – et avec le sourire car il ne s’en départit jamais – le voile qui nous obscurcissait la vie. Il ne prédit pas, mais il montre ; en montrant, il précède ; en précédant, il accompagne.
Parfois, il lui arrive de découvrir, dans ses propres textes, dans ses propres mots, une articulation, une implication, un sens auxquels il n’avait pas songé en écrivant et qui soudain lui crèvent les yeux. Il en rit ou en sourit, il s’en étonne : comment n’y avait-il pas songé alors qu’il l’avait lui-même écrit ?
Paradoxe de l’écrivain de la trempe de ceux qui écrivent leurs œuvres de façon parabolique pour le public et non pour eux-mêmes et qui découvrent qu’ils peuvent aussi en être les lecteurs. Et les découvrir de façon nouvelle, à chaque lecture, pour lui comme pour nous, la nouvelle enrichissant les précédentes.
À lire et à relire, absolument.

Patrice Bérard

Max Fullenbaum a publié, entre autres :
Le Petit Livre des Casseurs (1994, Editions des Mille et Une Nuits, épuisé),
Mohair, le livre relié (2001, Voix Editions, épuisé),
L'attaque du consommateur (1999, éditions IDLivre),
Soft and Hard (sous le pseudonme de Bella Zoom, 2001, éditions iDLivre),
Titanic-banlieue (2003, Editions Cent pages),
Neuf, ouvrage illustré de 14 dessins de Dominique le Tricoteur imprimé en typographie (2006, Centre Vendôme pour les Arts Plastiques),
ainsi que de nombreux articles.

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